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Association pour la Connaissance de la Culture Historique Littéraire & Artistique


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Des mangroves de palétuviers des Basses Terres du Nord à la forêt tropicale de la vallée du Motagua : splendeurs de la civilisation maya

Du mardi 18 février 2020 au lundi 02 mars 2020

  • Organisateur : ACCHLA

De loin, nous percevons les civilisations précolombiennes comme cruelles et sanguinaires, très étrangères à nos modèles. Il est vrai que des mangroves de palétuviers des Basses Terres du Nord à la forêt tropicale de la vallée du Motagua, l’environnement naturel qui est le cadre de vie des Maya subissant depuis toujours les pires tempêtes tropicales à la saison des pluies, nous paraît très contrasté, dur, chaud, sec ou trop humide, plat, vallonné ou carrément montagneux, peuplé d’animaux dangereux pour certains, célestes et colorés pour d’autres, mais par-dessus tout généreux en fruits exotiques. Cette diversité écologique rend compte de la richesse culturelle du monde maya.

Dans le Yucatán (Mexique), où la brousse s’est adaptée au climat de tierra caliente, Ek Balam est une petite cité de la fin de l’âge classique dans laquelle on pénètre en empruntant un sacbe. Au-delà du double rempart se dresse, en guise de porte, un « arc » maya, véritable tétrapyle que l’on croirait inspiré de ceux de Jérash et de Lepcis Magna. L’imposante acropole a été bâtie selon le principe de la superposition tout au long du temps de la succession dynastique. A mi-hauteur, un temple tératomorphe propose un décor sculpté inattendu où se distinguent des « anges » en très haut relief. Ek Balam donne ainsi l’image d’une modeste royauté, dotée de son glyphe-emblème, typique de l’époque classique, avec ses spécificités traduisant la richesse et la liberté de création des artistes mayas. Chichén Itzá se singularise nettement à l’âge postclassique avec ses salles hypostyles empruntées à la culture toltèque. Là, se réunissaient les guerriers « aigles » et « jaguars » avec qui le roi et l’aristocratie mayas devaient partager le pouvoir. La fusion des cultures de l’Altiplano et Yucatèque au Xe siècle est à l’origine de la pyramide dite « Castillo » qui, cependant, en recouvre deux autres, la plus ancienne dressée au-dessus d’une grotte, autour de 600. El Castillo est une merveille d’édification calculée avec une exactitude redoutable pour y faire onduler aux équinoxes l’image d’un serpent le long de la rampe d’échiffre nord. On comprend mieux l’importance du « Caracol » de Chichén Itzá qui permettait les observations astronomiques précises afin d’établir des calendriers et d’ériger des édifices rigoureusement orientés. Le cenote sacré nous rappelle que la nappe phréatique est à découvert suite à l’effondrement de la couche karstique de surface. Or, déjà, cette particularité disparaît à Uxmal où les chultunes, réservoirs creusés dans le sol, tentent de remédier au manque sévère d’eau. Là, s’impose le style puuc bien représenté par le « palais du Gouverneur ». Au-dessus d’un rez-de-chaussée laissé nu, l’étage déploie un étourdissant décor de mosaïques de pierre. Faut-il y reconnaître la répétition obsessionnelle du masque de Chac afin de favoriser l’arrivée de la pluie ou celui du monstre de la terre ? Il est vrai que, dans l’imaginaire maya, les nuages chargés de l’eau bienfaitrice sortent des antres du monde souterrain. On a longtemps pensé que ce vaste « palais du Gouverneur » était monté sur une plateforme artificielle, comme une acropole, jusqu’à ce que l’on découvre dans celle-ci une entrée plus ancienne conduisant à un vieux palais, entièrement recouvert par la construction actuelle.

Dans l’Etat de Campeche (Mexique), le paysage change et la forêt se densifie. De même, de nouveaux styles, Chenes et Rio Bec, s’y rencontrent. A Chicanna, située sur une route commerciale, se dressent de fausses pyramides dont les improbables escaliers aux marches trop étroites pour les monter conduisent à de fausses portes aujourd’hui disparues. Ce jeu de trompe-l’œil permet tout à coup de relativiser la fonction que l’on croyait exclusivement rituelle des architectures mayas. Ici, la pyramide n’est plus que symbolique. Elle ne se justifie que pour signaler le pouvoir de l’élite. C’est dans cette ville que l’on découvre une des plus spectaculaires façades tératomorphes de la fin de l’époque classique. Le centre de la cité, théâtralisé et mis en couleur, devait impressionner la population et les marchands mayas qui, peut-être, dormaient pour une nuit dans ces petites chambres, innombrables à Chicanna, avant de reprendre leur difficile activité commerciale sur les routes. Au sud de l’Etat de Campeche, on pénètre plus profondément dans la forêt tropicale pour accéder à l’une des cités les plus vastes du monde maya. Calakmul est au cœur d’un écosystème qui nous fait oublier que sur son territoire ont pu vivre près de deux millions de Maya à l’âge classique. L’étendue de la ville, occupée par des dizaines de milliers d’habitants à l’époque classique, témoigne d’une déforestation radicale qu’occulte l’actuelle végétation. A cette capitale correspondent des structures si volumineuses qu’elles restent à dégager. La flore touffue recouvre encore trois côtés de l’impressionnante Structure II, construction pyramidale différente des précédentes où trois volées d’escalier rythmées par des zoomorphes conduisent à une plateforme, support d’un nouveau temple. Il s’agit de complexes pyramidaux à la mesure d’une puissante société. Des tombes princières ont révélé des masques en jade, symbole de pouvoir, qui se substituaient pour l’éternité, ou presque, au visage du roi, celui-ci accédant au statut d’ancêtre communiquant avec les vivants. C’est pourquoi, le principe des constructions superposées est aussi fondamental, qui garantit le lien avec les précédentes générations et légitime la permanence dynastique.

Le Belize nous ramène vers la mer des Caraïbes, vecteur commercial important du monde maya et justifiant l’existence de cités dès le préclassique. Ainsi, Cerros était un port de pêche et l’on y vendait, entre autres, le sel et les coquillages. Il y a deux mille ans, ces denrées étaient acheminées par voie fluviale vers El Mirador, via Lamanai. A Cerros, un ensemble triadique rappelle l’importance des Xute Tun, les « Trois Pierres de la Création » image de la construction de l’univers et peut être des trois étoiles les plus brillantes de la constellation d’Orion. Le préclassique est un temps éminemment religieux où les Maya honoraient les bienfaits de la nature qu’ils exploitaient à des fins économiques. A la frontière du Belize et du Guatemala, Xunantunich offre une nouvelle configuration qu’explique le paysage plus vallonné où coulent des rivières. Ainsi, la cité domine très en hauteur la rivière Mopán. Là encore, une écrasante acropole se dresse. Mais, à l’origine, il s’agissait d’une pyramide (Plaza A-I) transformée à l’âge classique pour être un refuge de l’aristocratie déjà confrontée, semble-t-il, à des révoltes populaires. En effet, ces immenses constructions ont causé une déforestation massive entraînant l’érosion des sols et, malgré un système d’agriculture intensive rendu possible grâce à une parfaite maîtrise hydraulique, de graves problèmes d’approvisionnement en nourriture pour l’importante population. C’est à ce moment que s’opère une mainmise du pouvoir religieux par le roi et sa cour. La réorganisation politique tend alors vers une théocratie dont le chef est le roi. L’architecture devient ostentatoire. De grandes places permettent de développer des scénographies rendues spectaculaires par l’importance et la complexité des constructions. On y représente la mort et l’émergence hors de l’inframonde de l’astre solaire qu’incarne exclusivement le roi à l’occasion de ces dramaturgies cultuelles.

Au Guatemala, Yaxha, « Eau Verte » offre un paysage collinaire ponctué de lagunes. On ne s’étonne pas de son occupation dès 600 avant notre ère. Son apogée se situe au VIIIe siècle de notre ère et la ville était occupée par 30000 habitants. S’il fallait encore dire les différences culturelles qui existent entre les cités mayas, on relèvera dans ce cas la trouvaille faite dans la tombe de la pyramide est de Yaxha où des figurines en poudre de coquillage reproduisant des singes, des tortues et des perroquets, incarnant, respectivement, la vie, l’inframonde et le ciel, ont été exhumées. En 950, la ville est abandonnée pour des raisons que l’on commence à mieux comprendre. En effet, l’agriculture intensive et sélective pratiquée par les Maya, les énormes constructions et la production de chaux très gourmande en bois qu’elles exigeaient, ont très vite conduit à un appauvrissement de la terre qui ne produisait plus assez de maïs pour toute la population. On ne s’étonne donc pas que l’arbre à ramón, remplace dès 650 de notre ère, moins avantageusement mais nécessairement, le maïs. La graine est mieux adaptée à la sécheresse et l’on constate sa concentration sur les sites archéologiques mayas. L’arbre a envahi les villes après leur désertion par leurs habitants. A ces graves problèmes causés par la déforestation s’ajoutent les conflits qui ont opposé, entre autres, Calakmul à Tikal, dans le Petén (Guatemala). Il faut dire que l’arrivée d’une dynastie royale de Teotihuacan qui s’impose en 378 de notre ère à Tikal a totalement déstabilisé le monde maya, entraînant des guerres et des alliances. Des relations politiques et commerciales existaient dès avant 378 entre la cité du Petén et celle de l’Altiplano. D’où l’existence du système de talud-tablero appliqué très tôt au « Mundo Perdido » de Tikal. Plus tard, suite à la victoire décisive de Tikal sur Calakmul en 695, provoquant la disparition de la dynastie de Teotihuacan et l’avènement d’une troisième dynastie, la puissante cité du Petén se distinguera par des ensembles exceptionnels de pyramides jumelles qui, avec Yaxha assujettie à Tikal, restent uniques dans le monde maya. Les rois érigeront les fameuses pyramides funéraires (Temples I et II) où l’on a dégagé de belles tombes royales et des objets en jade. Les temples III et IV culminent à des hauteurs impressionnantes, de même que des ensembles résidentiels peuvent, pour les plus hauts, se développer sur cinq étages. Parce que 16 km2 seulement sont appréciables sur les 123 km2 de superficie totale que comptait la ville, on a beaucoup de mal à imaginer l’immense cité aux constructions chaulées et peintes en rouge tant la forêt tropicale y est désormais dense. De même, les immenses réservoirs Tikal, dont le creusement a fourni les pierres de construction, sont aujourd’hui comblés par une riche végétation.

La vallée du Rio Motagua (Guatemala) est chaude et humide. D’ailleurs, Quirigua est la « Terre fertile ». Son paysage est marqué par une chaîne de volcan qui file le long d’une faille responsable de cataclysmes épouvantables. Dans ce contexte écologique qui correspond, au même titre que Calakmul et Tikal, à une biosphère protégée, s’est développé le style « motagua » illustré par Copán au Honduras. Là, des stèles se dressent où le roi, plus grand que nature et en très haut relief, sort littéralement de son cadre, effet accentué par une macrocéphalie. On imagine que cette figure, à l’origine polychrome, devait fortement impressionner le peuple rassemblé sur la grande place. Cette volonté de s’affirmer comme semi-divin renvoie à une politique uniquement axée sur la personne du roi qui, en tant que premier d’entre les prêtres, assure les rituels censés garantir la fertilité du royaume et le bonheur des gens. La place, où se multiplient les stèles, est dominée par une extraordinaire acropole artificielle de trente mètres de haut. On y accédait, côté rivière, par des propylées entièrement disparus mais qu’aurait pu jalouser l’Athènes des Grecs de l’Antiquité. Sur cette élévation, la Structure XVI est une pyramide construite sur des temples plus anciens abritant les tombes des rois de la dynastie de Yax Kuk Mo, arrivé de Tikal au Ve siècle. Ainsi, la Structure XVI légitime la permanence dynastique des seize rois s’étant succédés, ceux-là même qui s’affichent fièrement sur l’autel Q. Dès lors, la pyramide est un axis mundi autour duquel chemine le roi qui, parti de la Cour est, où le décor théâtralisé suggère une descente aux enfers, ressort dans la Cour ouest pour pratiquer des rituels de fertilité. Cette remontée est ponctuée par des sculptures de coquillage qu’on observe au niveau de la Structure XII, tandis que la Structure XI, plus élevée, permet au roi d’émerger comme le soleil à son zénith. Cette fascinante scénographie, cadre de la déambulation exclusivement cultuelle du roi, fait, de ce dernier, un véritable chamane. En effet, la marche du roi-chamane autour de l’axe cosmique qui le relie à ses ancêtres, fait fonctionner les forces de l’au-delà. Pour cela, il aura ingurgité un puissant psychotrope, mélange de jus de nénuphar et de venin de crapaud, et aura pratiqué un autosacrifice. C’est précisément ce qui définit le statut du roi maya. L’âge d’or de Copán prend fin avec la capture et le sacrifice de son roi par celui de Quirigua en 738, cause prétendue des maux qui s’abattent sur la ville. En 822, l’autel L de Copán est laissé inachevé. La découverte d’un cimetière dans un quartier favorisé a permis d’exhumer six cents cadavres d’enfants morts de malnutrition. Il faut dire que, dès la fin du VIIIe siècle, il n’y avait plus un seul arbre à trente kilomètres à la ronde autour de la ville. Ainsi, la mort du roi n’est pas la cause du malheur de la prétentieuse cité mais bien la conséquence de son inexorable déclin. La victoire de Quirigua sur Copán permet un transfert des compétences artistiques vers la cité guatémaltèque. Mais là, le roi donne de lui une représentation différente sur des stèles en grès, très hautes, accompagnées de glyphes datant très précisément chacune de ces stèles anthropomorphes. Le relief, moins accentué, est compensé par la hauteur des monolithes atteignant pour la stèle E une hauteur époustouflante de 10,60 m. L’ensemble constitue un chef-d’œuvre absolu de la sculpture maya. Le paradoxe est que le VIIIe siècle correspond à la fois à l’apogée culturelle du monde maya – l’année 790 est celle où l’on a érigé, à l’occasion du katun, le plus de stèles dans le monde maya – et au déclin de cette civilisation. Comme cela, on comprend mieux la multiplication de l’image du roi, volumineuse à Copán et très en hauteur à Quirigua, ainsi que la déambulation rituelle toujours plus ostentatoire du roi dans des espaces théâtralisés : il s’agissait d’enrayer ce phénomène pourtant irrémédiable de détérioration des conditions de vie provoqué par une déforestation massive entraînant l’érosion des sols.

C’est comme cela que les Itzá ont pu s’emparer sans mal de la Chichén puuc et ouvrir une nouvelle ère, celle du postclassique où le roi a dû partager le pouvoir avec des classes de guerriers et de puissantes familles aristocratiques.

A travers cet itinéraire des mangroves de palétuviers des Basses Terres du Nord à la forêt tropicale de la vallée du Motagua on perçoit très bien que l’extraordinaire diversité écologique est à l’origine de la richesse culturelle de la civilisation maya. Très tôt, dès le préclassique, se sont développés des réseaux économiques. C’est ainsi qu’on a retrouvé des objets olmèques dans un cimetière de Copán. Les routes maritimes, fluviales et terrestres ont permis des échanges commerciaux d’une étonnante densité : poissons, sel, coquillages (spondyles), dents de requin, corail, aiguillons de raie, papier d’écorce (ficus), cacao, coton de la Côte Pacifique, miel, écailles de tortue des Caraïbes, échangés contre du tabac, du copal, du silex, des plumes de perroquet, des dents, griffes et peaux de jaguar, de la fibre de maguey, ou encore contre de la serpentine, de la pyrite, des plumes de quetzal, de la jadéite des Haute Terres, etc. La valeur de l’échange se mesure dans la capacité qu’a l’artisan à transformer ces produits pour en faire des tissus, des coiffes, des bijoux, des miroirs, des outils en obsidienne ou des meules en basalte, des pigments à base de cinabre pour le peintre, des sculptures, une boisson de cacao, des plats à base de maïs, de courges, de haricots, etc. L’échange de ces produits à la valeur ajoutée permet aussi aux idées de circuler, à la littérature, à l’art, à la musique de s’épanouir. La culture s’enrichit alors considérablement grâce à la variété écologique et au dynamisme économique. Ce moment faste correspond au préclassique, époque où la religion rendait un culte aux éléments, aux phénomènes naturels, aux cycles saisonniers, à une nature particulièrement généreuse qui, en plus de permettre une incroyable expansion démographique, a stimulé la civilisation, développant le comput et l’écriture, imposant une hiérarchie où les scribes et les artistes talentueux occupaient une place de choix. Mais ces ressources se sont épuisées dès le VIIe siècle de notre ère. La terre érodée à la suite de massives déforestations entraînant un changement du climat, plus sec, plus chaud, ne nourrissait plus les millions de Maya qui y vivaient. C’est à ce moment, à l’âge classique, que le roi et les membres de l’aristocratie accaparent ces ressources, opèrent une mainmise politique des biens, utilisent la religion pour exalter la seule personne du roi-chamane qui, uni à ses ancêtres, croit mieux servir, par des moyens surnaturels, sa communauté. Une radicale théocratie se met en place. Mais cet absolutisme royal ne donne pas les fruits espérés. Les guerres entre cités occultent sciemment les vrais problèmes, tandis que les sacrifices humains et animaux répétés sont contestés par les couches populaires qui se révoltent. C’est ainsi que la civilisation maya s’est effondrée de l’intérieur, dans le courant du IXe siècle, revivifiée plus tard au Yucatán par l’arrivée d’un contingent de Toltèques venus de Tula, inaugurant l’ère postclassique avec Chichén Itzá, puis Mayapán.

Actuellement, il y a quatre millions de Maya répartis dans les différents pays d’Amérique centrale, principalement au Guatemala et au Mexique. Ils sont soucieux de conserver leurs langues, leurs cultures, et même leurs anciens rituels. Ils n’en constituent pas moins une minorité que leurs différences stigmatisent sinon qu’elle n’est pas persécutée comme celles des Ouïgours et des Rohingyas. Après la terrible guerre civile provoquée par la CIA venue au secours des intérêts financiers de la Fruit C° nord-américaine, un accord de paix a été signé en 1997 qui a rendu une position acceptable aux Maya dans la société guatémaltèque. Par contre, dix familles se partagent tous les pouvoirs et les richesses nationales du Guatemala. La corruption y est entretenue par les firmes étrangères qui exploitent l’or et le pétrole. Cette oligarchie héritée du vieux passé colonial, très contestée dans le pays, ne prend pas la mesure des atrocités commises pendant la période de guerre civile. On pense à la disparition des enfants ou aux orphelins replacés dans des familles, la plupart étrangères. Les autorités guatémaltèques éludent les problèmes comme les anciens rois mayas n’avaient pas compris la colère du peuple face à la mortalité infantile.

Ce récit nous suggère un axe de réflexion : de même que la diversité écologique est un facteur d’épanouissement et de richesse culturelle des civilisations, l’épuisement des ressources naturelles conduit à l’effacement des spécificités culturelles. Dans nos sociétés s’opère une disparition progressive des différences comme une conséquence d’un mode de vie globalisé. Notre environnement géré par les algorithmes détermine nos envies et donc quoi faire, quel pays visiter, ce qu’il ne faut pas manquer de voir. Partant, il modèle des comportements, fait le choix de certains mots et en censure d’autres, de même pour les expressions, les attitudes à adopter, ce qui est correct et ce qu’il faut penser sur la base de prétendus critères éthiques purement artificiels car produits des algorithmes. Partageant tous les mêmes applications, nous finissons par n’échanger que le même point de vue, convenu, politiquement correct. Notre environnement marchandisé et médiatisé y veille et le surveille. La critique des religions est moins acceptée, le blasphème moins toléré et l’Olympia de Manet redevient indécente. La mode nous impose sa tyrannie, si bien que nos villes se transforment et finissent par ressembler à n’importe quel aéroport international où la déambulation nous oblige à passer devant les mêmes marques de l’industrie du luxe. Notre monde se réduit et son étroitesse appauvrit la culture. La circulation des idées se tarit au rythme de l’évolution spectaculaire des moyens de communication. Les différences exprimées au cours des âges par les Maya et qui signalent l’extraordinaire richesse culturelle de cette civilisation devraient nous alerter sur une insensible fascisation de nos sociétés.

Olivier Oberson, 1er mars 2020, Guatemala City

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  • Auteur des photographies : Olivier OBERSON

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