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Association pour la Connaissance de la Culture Historique Littéraire & Artistique


L'association

La Renaissance en Italie du Nord

Du lundi 02 septembre 2019 au lundi 09 septembre 2019

  • Organisateur : UTLIB

Notre voyage consacré à l’architecture de la Renaissance a pour thème la filiation, la transmission, l’héritage artistique et culturel qui, en Italie, ne se dément pas de l’Antiquité jusqu’à nos jours. L’architecture est brillamment illustrée par les diverses réalisations de Palladio (1508-80) dans l’espace urbain (Vicence) et rural (les villas Barbaro, Emo, Foscari). A cela s’ajoute son goût pour la scénographie et le théâtre, qu’il réinvente (théâtre olympique de Vicence). Cependant, Palladio est l’héritier de grands architectes :

  • Sebastiano Serlio (1475-1554), l’élève à Rome de Baldassare Peruzzi, qui sera accueilli dans le milieu savant vénitien (Giangiorgio Trissino, Alvise Cornaro, Danile Barbaro).
  • Giovanni Maria Falconetto (1468-1534/35), qui laisse à Padoue la loggia et l’Odéon Cornaro, précurseur du théâtre moderne.
  • Jacopo Sansovino (1486-1570), metteur en scène de la Piazzetta et de la place Saint-Marc à Venise (à la mort de Sansovino en 1570, Palladio devient enfin l’architecte officiel de la Sérénissime).

Ces architectes représentent un maniérisme tempéré par le classicisme vitruvien. Un des plus grands maniéristes est Giulio Romano (1499-1546), disciple de Raphaël, auteur du palais du Te à Mantoue. Recommandé par Baldassare Castiglione, le grand humaniste auteur du Courtisan, Giulio Romano avait été appelé par Frédéric II Gonzague.

Ainsi, ce voyage ne se résume pas qu’à Palladio. Il s’agit de comprendre l’avènement d’une telle architecture. Celle-ci prend ses racines au Quattrocento, avec Alberti (1404-1472), théoricien et bâtisseur, notamment à Mantoue où, appelé par Ludovic Gonzague, il jette les plans et l’élévation d’une église révolutionnaire qui rompt avec la tradition brunelleschienne de Florence : Sant ’Andrea (à Mantoue se dresse aussi l’église San Sebastiano d’Alberti).

Mais, derrière tout cela, se profile l’ombre de Vitruve, l’architecte de l’empereur Auguste. Or, Vitruve est de Vérone où il reste une porte antique qui lui est attribuée, à tort : l’Arc des Gavi, que Palladio n’a pas manqué d’étudier. Ainsi, ce qui est en jeu, c’est l’ordre architectural qui comptera énormément à la Renaissance, époque où l’on tente d’élaborer la « cité idéale » (celle que nous connaissons à Urbino).

C’est à Ferrare que Borso d’Este puis Hercule 1er d’Este lancent le premier plan régulateur d’Europe que réalise Biaggio Rossetti et que représente très bien le « carrefour » de la nouvelle ville avec son Palais des Diamants.

Alberti, Serlio, Palladio, font renaître les ordres architecturaux de l’Antiquité, en y ajoutant les ordres toscan et composite.

Cependant, l’Italie n’a pas attendu ces architectes pour construire des édifices d’esprit classique. Déjà, Lanfranco et Wiligelmo construisaient au tout début du 12e s. la cathédrale de Modène dans cet esprit-là (ce qui ne manque pas de renvoyer aux architectures d’esprit antiquisant de Florence, tels le Baptistère et San Miniato construits du milieu du 11e s. au milieu du 12e s). A ces édifices répondent d’autres joyaux de l’architecture romane, tels  San Zeno Maggiore à Vérone et le duomo de Ferrare.

Tout cela imprègne profondément l’histoire universelle de l’architecture. Par exemple, du 17e au 20e s. se développe une tendance architecturale appelée le « palladianisme », que représente très bien la villa Valmarana Ai Nani, villa palladienne, mais qui n’est pas de Palladio. C’est une « Histoire universelle » parce qu’en Amérique du Nord les édifices imaginés par Thomas Jefferson sont palladiens.

On le voit, tout est question de filiation, de transmission et d’héritage.

Par exemple, à la villa Valmarana Ai Nani triomphe l’illusionnisme baroque du peintre Giambattista Tiepolo (1696-1770) et son fils Giandomenico (1727-1804). Cet illusionnisme ne se comprendrait pas sans Andrea Mantegna (1431-1506), auteur d’un décor en trompe-l’œil dans la chambre dite des « Epoux » du Palais ducal de Mantoue. Entre les deux peintres, celui du 18e et celui du 15e toute une filiation se met en place. Elle est illustrée par les fresques de Giulio Romano dans la Salle des Géants du palais du Te à Mantoue et par les fresques du plus grand peintre de Vérone, Paolo Caliari dit Véronèse (1528-1588) à la Villa Barbaro à Maser.

Mais, avant tous ces artistes, il y a eu la révolution picturale de Giotto, qui, au tout début du 14e s.,  à Padoue, laisse un des plus admirables ensembles a fresco : la chapelle des Scrovegni. Giotto invente la composition savante dans le but de transcrire en image la narration de textes apocryphes comme le Proto Evangile de Jacques. Pour cela, il est soucieux du rendu naturaliste des objets, des vêtements, des coiffures, autant de détails qui alimentent le récit. Il a l’intuition de la perspective et apporte un soin tout particulier au modelé, en jouant sur une gamme chromatique très riche.

Justement, Andrea Mantegna a été formé à Padoue auprès de Francesco Squarcione, sculpteur et collectionneur d’Antiquité. Là, très jeune, dans la chapelle Ovetari de l’église des Eremitani, Mantegna laisse un ensemble à fresque qui révèle sa précocité et dont on retrouvera l’écho à Vérone à travers son chef-d’œuvre : le retable de Saint Zénon. A Padoue, Mantegna, pouvait admirer les sculptures de Donatello (1386-1466) : l’autel du Santo dans la basilique Saint-Antoine et la statue équestre du Gattamelata.

Le style vif de Donatello allait encore inspirer Niccolò dell’Arca (dont le chef-d’œuvre est le Compianto sul Cristo morto de l’église Santa Maria della Vita à Bologne) et Guido Mazzoni (dont le chef-d’œuvre est la Déploration de San Giovanni Battista à Modène). Ces auteurs illustrent une tendance plutôt expressionniste de l’art, qui rompt totalement avec la morbidezza florentine (le style de la grâce) du quattrocento. C’est une tendance qui marque profondément les artistes du Nord, ceux de Ferrare notamment : Cosmè Tura, Francesco del Cossa, Ercole de’Roberti.

Tête de vieillard, Guido Mazzoni, Galerie des Este de Modène

Martyre de San Maurelio, Cosmè Tura, Galerie des Este de Ferrare

La ville de Ferrare est, depuis le 13e siècle, le berceau des chansons de geste et des romans bretons. C’est à Ferrare, important foyer culturel de la Renaissance, que l’Arioste (1474-1533) compose son poème, le Roland furieux. Dans ce récit, Roland, amoureux d’Angélique, incarne l’inconstance de la condition humaine. Ce caractère irrationnel des choses et des êtres ne manque pas de s’opposer à la raison et à la mesure, emblématiques de l’humanisme de la Renaissance. C’est encore à Ferrare que Le Tasse (1544-1595), au service du cardinal Louis d’Este, écrit, en pleine Contre-Réforme, La Jérusalem délivrée. Ce récit traduit les contradictions du moment caractérisé par une rigueur morale et l’observation du dogme catholique. Dans ce poème chevaleresque les chevaliers chrétiens, Renaud et Tancrède, sont détournés de la conquête de Jérusalem par la magicienne Armide.

C’est Giambatista Tiepolo qui, au 18e siècle, illustrera brillamment ces deux récits à l’intérieur de la villa Valmarana ai Nani où l’artiste rend magnifiquement le thème de l’héroïsme du renoncement à l’amour, sans lequel n’aurait pas lieu l’héroïsme sur le champ de bataille. Mais déjà, Pisanello (1395-1455) peignait une histoire chevaleresque empruntée à la Légende Dorée : Saint Georges et la princesse vers 1436, à Sant’Anastasia à Vérone, repris par Cosmè Tura sur les volets du nouvel orgue de la cathédrale de Ferrare. A Mantoue, où Pisanello est appelé par les Gonzague, le peintre réalise pour le palais ducal un cycle arthurien. Plus tôt encore, à l’époque romane, un cycle arthurien était sculpté à la porte de la Poissonnerie (Porta della Pescheria) de la cathédrale de Modène.

Du 12e s. au 18e s., voilà un thème qui ne s’est jamais démenti.

Le Bernin, Portrait de François d’Este, Galerie des Este de Modène

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  • Auteur des photographies : Olivier OBERSON

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