Entre le 11e et le 13e siècle, le centre de gravité du monde méditerranéen bascule de l’Orient byzantin et islamique vers l’Occident latin. Ce déplacement est décisif pour comprendre la naissance d’un art roman propre à l’Italie centrale et méridionale.
Les grandes cités, telles que Lucques et Pise, ne sont pas seulement des puissances maritimes et commerciales ; elles sont aussi des foyers de captation des formes artistiques. L’architecture devient alors le lieu où se matérialise ce changement d’équilibre. Il ne s’agit pas d’un simple mélange esthétique, mais d’une réinterprétation des traditions paléochrétiennes, des apports lombards, de l’héritage byzantin, des cultures normande et islamique. Cette brillante relecture des styles donnera naissance à un art original : le romano-toscan.

Vues de Lucques
Vues prises du campanile de San Frediano.
Palais médiéval des Guinigi.
Place de l'amphithéâtre.
Santa Maria Forisportam.
Palazzo Pfanner (17e siècle) vu des remparts. Marie Louise de Bourbon-Parme fit aménager en promenade les 4,2 km de murailles qui s’ouvrent sur la ville par six portes et comportent onze bastions. Edifiées aux XVIe et XVIIe siècles, elles mesurent douze mètres de hauteur pour 3 mètres d’épaisseur à la base.
Décor du Palais ducal par Ammannati (16e siècle).
San Michele in Foro - Lucca
San Michele in Foro est l’une des églises les plus emblématiques de l’architecture romano-pisane. Commencée en 1143, sa construction s’est poursuivie jusqu’au XIVe siècle. Faute de moyens, la rénovation complète n’a jamais été achevée, ce qui explique pourquoi la façade élégante du XIIIe siècle dépasse largement le toit. À l’intérieur, on peut admirer un superbe tableau de Filippino Lippi représentant Sainte Hélène, saint Jérôme, saint Sébastien et saint Roch, peint dans la pure tradition du Quattrocento florentin.
La Chiesa di San Frediano - Lucca
La Chiesa di San Frediano a été construite au XIIe siècle sur les vestiges d’un édifice plus ancien. Elle porte le nom d’un saint lombard, évêque de Lucques. Tout en haut de la façade en marbre blanc une grande mosaïque romano-byzantine de l’école des Berlinghieri (XIIIe siècle, restaurée au XIXe siècle) illustre l’Ascension du Christ dans une mandorle soutenue par des anges.
A l'intérieur, les spectaculaires fonts baptismaux édifiés vers 1150 et signés Roberto sont surmontés d'une magnifique lunette ornée d'une annonciation en céramique polychrome vernissée de Mattia della Robbia (1468-1534). La chapelle Sant’Agostino renferme des fresques du Bolonais Amico Aspertini, au style narratif, représentant la Translation miraculeuse du Volto Santo jusqu’à San Martino. Enfin, la chapelle Trenta abrite, en plus des pierres tombales (1413) du couple Trenta, un retable en marbre terminé par Jacopo della Quercia en 1422 et montrant la Vierge à l’Enfant entourée de sainte Ursule et des saints Laurent, Jérôme et Richard.
Cathédrale et baptistère de Pise
La cathédrale de Pise, construite dans le style romano-pisan, reflète une nette influence orientale. Quant au baptistère, imposant édifice circulaire en marbre blanc, il renferme une chaire hexagonale sculptée par Nicola Pisano, considérée comme la première œuvre gothique italienne (1260).
Le Camposanto Monumentale de Pise
Le Camposanto Monumentale de Pise est un cimetière chargé d’histoire qui abrite de remarquables sarcophages romains, dont celui dit de Phèdre, qui inspira Nicola Pisano pour la chaire du baptistère de Pise qu’il sculpta en 1260. On peut également y admirer d'impressionnantes fresques, notamment le Triomphe de la Mort et le Jugement dernier, réalisés entre 1336 et 1341 par Buonamico Buffalmaco.
Le musée de l’Opera del Duomo de Pise
Le musée de l’Opera del Duomo de Pise abrite une superbe collection d’œuvres provenant de la cathédrale et du baptistère de la ville. On peut y découvrir des sculptures datant du XIe au XVIe siècle, dont une magnifique Vierge à l’Enfant sculptée en 1298 dans l’ivoire d’éléphant par Giovanni Pisano, fils de Nicola.
San Giovanni (Saints-Jean-et-Réparate) et la cathédrale San Martino - Lucca
San Giovanni (Saints-Jean-et-Réparate) nous situe à l'emplacement du premier groupe cathédral de Lucques. Son sous-sol est un musée archéologique qui nous plonge dans le passé romain et paléochrétien de la ville.
Outre le tombeau d’Ilaria del Carretto, l'épouse de Paolo Guinigi, taillé dans le marbre par Jacopo della Quercia en 1406, le Duomo de Lucques conserve le portrait vériste de Domenico Bertini (mort en 1506) réalisé par Matteo Civitali, et l'autel de la Liberté, chef-d'œuvre de Giambologna (1579).
Museo della Villa Guinigi - Lucca
Ce palais, édifié par Paolo Guinigi, seigneur de Lucques entre 1400 et 1430, abrite des collections qui retracent l’histoire artistique de la ville, du VIIIe siècle avant notre ère jusqu’au XVIIIe siècle. On découvre des œuvres d’archéologie étrusque et romaine, d’art roman et gothique, ainsi que de la Renaissance.